Obone AI : le Gabon fait entrer le fang dans l’intelligence artificielle

Le Gabon veut faire entendre ses langues nationales dans la révolution de l’intelligence artificielle. Présentée le 5 novembre 2026 à Alexandrie, en Égypte, Obone AI est une solution développée par des chercheurs gabonais pour permettre aux outils numériques de comprendre et de restituer le fang. À travers cette innovation, ses concepteurs entendent associer progrès technologique, sauvegarde du patrimoine culturel et indépendance numérique.
Le projet a été exposé devant des représentants de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et des spécialistes venus de plusieurs pays. Il est porté par le Comité scientifique gabonais de recherche sur l’intelligence artificielle (CSGR-IA), qui présente Obone AI comme la première intelligence artificielle gabonaise capable de comprendre et de répondre en fang.
Une langue gabonaise intégrée aux outils numériques
La présentation a été assurée par Melba Orlie Nzang Meyo, présidente fondatrice du CSGR-IA et co-conceptrice de la plateforme. L’intervention s’est déroulée dans le cadre d’un atelier international organisé du 4 au 6 novembre 2026 par l’OIF et l’Université Senghor, avec le soutien de l’Afnic et l’appui de la Bibliotheca Alexandrina.
Lancée en mars 2025, Obone AI propose notamment des fonctions de traduction du français et de l’anglais vers le fang. Son développement vise à rendre cette langue davantage accessible dans les usages numériques, alors que les systèmes d’intelligence artificielle accordent encore une place limitée à de nombreuses langues africaines.
Les chiffres évoqués lors de la rencontre illustrent cette difficulté : sur plus de 2 000 langues recensées sur le continent, seules 42 seraient prises en charge par les modèles étudiés. Cette faible représentation expose une partie du patrimoine linguistique africain au risque de rester à l’écart des évolutions technologiques.

La maîtrise des données au centre du projet
Pour le CSGR-IA, l’ambition d’Obone AI ne se limite pas à développer un outil de traduction. Le travail engagé consiste également à recueillir et organiser les connaissances linguistiques avec les locuteurs, à documenter les langues nationales et à conserver les références culturelles qui leur sont associées.
Cette démarche soulève une question stratégique : qui détient les données linguistiques et qui décide de leur utilisation ? Leur propriété, leur hébergement et leurs conditions d’exploitation sont autant de sujets qui prennent de l’importance à mesure que l’intelligence artificielle se développe.
La maîtrise de ces ressources est présentée par les promoteurs du projet comme une composante de la souveraineté numérique. L’objectif est de permettre aux communautés concernées de participer à la production des données et des technologies qui représentent leurs langues et leurs savoirs.
Étendre l’innovation aux autres langues gabonaises
Avec Obone AI, le Gabon cherche à prendre part à la conception des solutions d’intelligence artificielle, plutôt que de dépendre uniquement de plateformes étrangères. Le CSGR-IA prévoit ainsi de poursuivre le travail de documentation des langues du pays, de nouer de nouveaux partenariats et d’améliorer les capacités de son outil.
La présentation d’Alexandrie constitue une occasion de faire connaître cette initiative auprès d’acteurs internationaux et d’ouvrir des perspectives de collaboration. Reste désormais à consolider la technologie et à élargir progressivement son champ d’application.
Au-delà de l’innovation, le défi sera de faire des langues gabonaises des ressources vivantes dans l’environnement numérique, capables d’être transmises, utilisées et valorisées par les générations futures.



