Économie

Retrait des anciennes pièces : à Libreville, la méfiance s’installe avant l’heure

À quelques jours de l’entrée en vigueur de la mesure de retrait des anciennes pièces de monnaie, les habitudes de paiement sont déjà perturbées dans plusieurs lieux de commerce de Libreville. Des commerçants et des chauffeurs de taxi refusent désormais certaines pièces, notamment celles de 500 FCFA, alors qu’elles restent officiellement valables jusqu’au 31 octobre 2026. Une confusion qui expose les usagers à des disputes et parfois à des situations embarrassantes.

La petite monnaie n’a décidément plus la cote dans certains marchés de Libreville. Pour régler une course en taxi ou effectuer un achat, présenter une ancienne pièce peut désormais suffire à déclencher une discussion. « Gardez vos pièces, je n’en veux pas ! » : cette réaction, de plus en plus rapportée par les usagers, illustre le climat de méfiance qui accompagne l’annonce de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC).

À l’origine de cette situation, une décision portant sur le retrait des pièces de monnaie émises entre 1958 et 1985, dont les valeurs faciales vont de 1 à 500 francs CFA. Mais sur le terrain, la mesure semble avoir été interprétée comme une interdiction immédiate de les utiliser. Certains professionnels préfèrent donc les écarter plutôt que de prendre le risque de les conserver.

Une réforme anticipée dans les commerces

Le problème est que le calendrier officiel n’a pas encore atteint cette étape. Les anciennes pièces conservent leur cours légal jusqu’au 31 octobre 2026. Leur retrait effectif intervient le 1er novembre. Jusqu’à cette échéance, elles restent donc utilisables pour les paiements courants.

En refusant ces pièces avant la date prévue, certains commerçants et transporteurs appliquent de fait une restriction qui ne correspond pas encore au calendrier réglementaire. Pour les clients, la situation est d’autant plus difficile qu’ils ne disposent pas toujours d’autres moyens de paiement ou de monnaie de remplacement.

R.J. en a fait l’expérience lors d’une course en taxi. « Je viens de me chamailler avec un chauffeur de taxi qui refusait ma pièce de 500 francs. Il a fini par accepter, je n’avais que cette petite monnaie sur moi », raconte-t-il.

Les détenteurs disposent pourtant d’un délai pour échanger leurs pièces

La réforme ne prévoit pas une disparition immédiate de la valeur des pièces dès leur retrait de la circulation. La BEAC a organisé une période d’échange qui s’étendra sur douze mois, à compter du 1er novembre 2026.

Dans un premier temps, du 1er novembre 2026 au 31 juillet 2027, les détenteurs pourront remettre leurs anciennes pièces auprès des banques et des établissements de microfinance. La seconde phase, prévue du 1er août au 31 octobre 2027, sera exclusivement assurée par la Banque centrale. À partir du 1er novembre 2027, l’opération prendra définitivement fin.

Ce dispositif vise à permettre aux populations de convertir progressivement leur ancienne monnaie. Il n’y a donc aucune nécessité de s’en débarrasser dans la précipitation avant même le début de la période officielle d’échange.

La communication de la BEAC mise en question

Pour certains usagers, le décalage entre le calendrier annoncé et les réactions observées dans les commerces révèle surtout un déficit d’information. G.M. estime que la communication autour de cette opération aurait dû être davantage orientée vers les consommateurs et les professionnels concernés.

« Je crois que la Banque centrale a mal communiqué sur le sujet. Elle devait simplement procéder au retrait de ces pièces sur le marché sans que l’usager ne soit au courant. Cela aurait été plus simple. Entre le commerçant qui veut vendre et le client qui attend son produit, qui doit expliquer à l’autre cette mesure ? », s’interroge-t-il.

La question mérite d’être posée, tant les conséquences d’une mauvaise compréhension de la réforme se font déjà sentir dans les transactions quotidiennes. Des pièces encore valables sont écartées, des clients se retrouvent en difficulté pour régler leurs achats et les professionnels imposent parfois leurs propres règles.

Éviter que la réforme ne pénalise les usagers

Au-delà du retrait technique des anciennes pièces, l’enjeu est désormais de faire comprendre les différentes étapes de l’opération. Une information claire, répétée et diffusée au plus près des populations pourrait contribuer à calmer les inquiétudes et à limiter les refus injustifiés.

Car une réforme monétaire ne devrait pas transformer chaque paiement en bras de fer entre vendeur et acheteur. D’ici au 1er novembre, les anciennes pièces conservent leur cours légal. Et après cette date, leurs détenteurs auront encore plusieurs mois pour les échanger. Le véritable défi est donc de faire passer cette information avant que la méfiance ne s’installe durablement.

Marc.M

Juriste de formation, j’ai découvert la communication par curiosité, avant d’en faire une véritable passion. Depuis 2025, je m’investis au sein d’Actu241, notamment dans la rédaction d’articles consacrés à l’économie, à la société, au sport et à la culture. « Informer, c’est donner du sens aux faits et une voix aux réalités. »

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page
CSM : le SYNAMAG demande au président de la République de revoir plusieurs décisions Gabon-FMI : la dette au cœur des discussions à Port-Gentil Port-Gentil : un chauffeur au cœur d’une affaire de plusieurs millions disparus Maroc-Gabon