Société

TAXI GAB+ : LES TAXIS GAB SONT-ILS ENCORE CONDUITS PAR DES GABONAIS ?

Présenté comme un instrument de promotion de l’entrepreneuriat national, le programme Taxi Gab+ suscite aujourd’hui des interrogations chez certains usagers. Dans les rues du Grand Libreville, plusieurs clients disent parfois découvrir, en montant à bord de ces véhicules, que le conducteur n’est pas de nationalité gabonaise. Une situation qui remet au centre du débat la vocation initiale de cette initiative présidentielle.

Lancé le 9 octobre 2024 sous l’impulsion du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, le programme « Un Gabonais, un taxi » avait une ambition clairement affichée : permettre aux compatriotes, notamment aux jeunes, de s’insérer dans le secteur du transport urbain, de développer une activité génératrice de revenus et de devenir progressivement indépendants financièrement. À travers Taxi Gab+, il ne s’agissait donc pas simplement de mettre de nouveaux véhicules en circulation, mais bien de donner aux Gabonais les moyens de prendre une place plus importante dans un secteur économique particulièrement concurrentiel.

Depuis son lancement, le dispositif a connu plusieurs phases de distribution. Selon les chiffres communiqués par les autorités lors de la troisième phase, le 10 juin 2026, 1 066 véhicules avaient déjà été mis à la disposition de bénéficiaires gabonais. Un investissement humain et matériel qui pose désormais une question essentielle : les personnes auxquelles ces véhicules ont été confiés en sont-elles toujours les véritables exploitants ?

En effet, les témoignages rapportés par certains usagers font état d’une situation qui interpelle. Il n’est pas rare, selon eux, de prendre un Taxi Gab+ et de constater que la personne au volant n’est pas gabonaise. Pour ces clients, la surprise est d’autant plus grande que ces véhicules portent l’identité d’un programme conçu prioritairement pour favoriser l’emploi et l’autonomisation des nationaux. La question n’est évidemment pas de contester le droit des étrangers à exercer une activité professionnelle dans le respect des lois en vigueur. Elle est plutôt de comprendre pourquoi des véhicules attribués dans le cadre d’un programme destiné aux Gabonais se retrouvent parfois entre les mains de conducteurs qui ne sont pas les bénéficiaires initialement sélectionnés.

LE PROPRIÉTAIRE DU TAXI ET SON CONDUCTEUR : UNE DISTINCTION QUI INTERROGE

Il convient toutefois de distinguer deux réalités : être bénéficiaire d’un véhicule Taxi Gab+ et être effectivement celui qui le conduit au quotidien. Un Gabonais peut être titulaire d’un contrat et confier, dans les faits, l’exploitation de son véhicule à une autre personne. C’est précisément cette distinction qui semble aujourd’hui poser problème.

D’ailleurs, le ministre d’État chargé des Transports, Ulrich Manfoumbi Manfoumbi, a récemment reconnu cette pratique. Selon les informations rapportées à la suite de son intervention sur Gabon 24, aucun étranger n’aurait bénéficié directement du programme, mais certains bénéficiaires gabonais confieraient leurs véhicules à des conducteurs étrangers. Face à cette situation, le membre du gouvernement a annoncé des contrôles, en coordination avec les administrations compétentes, et prévenu que les taxis concernés pourraient être retirés à leurs propriétaires si les faits étaient établis.

Cette situation soulève également la question du devenir des véhicules lorsque certains bénéficiaires arrivent au terme de leur engagement contractuel, rachètent leur taxi ou quittent le dispositif. Dans quelle mesure les conditions initiales d’exploitation continuent-elles alors de s’appliquer ? Combien de véhicules restent effectivement exploités par leurs bénéficiaires ? Combien ont changé de mains ou sont conduits par des personnes qui n’étaient pas concernées par la sélection initiale ? Autant de questions auxquelles un bilan détaillé permettrait d’apporter des réponses.

AU-DELÀ DES VÉHICULES, PRÉSERVER L’ESPRIT DU PROGRAMME

Car l’enjeu dépasse largement la présence d’un conducteur étranger derrière un volant. Il concerne la finalité même de l’investissement consenti par les pouvoirs publics. Si l’objectif était de favoriser l’entrepreneuriat national, encore faut-il s’assurer que les opportunités économiques créées profitent effectivement aux bénéficiaires visés.

La réussite de Taxi Gab+ ne devrait donc pas uniquement se mesurer au nombre de véhicules distribués ou à leur présence dans les rues de Libreville. Elle devrait également s’apprécier à travers le nombre de Gabonais qui exercent réellement cette activité, les emplois créés, les bénéficiaires qui parviennent à honorer leurs engagements et ceux qui réussissent à construire une véritable autonomie économique grâce à ce dispositif.

Les contrôles annoncés par le gouvernement constituent, à cet égard, une première réponse. Mais ils devront s’accompagner d’un suivi régulier et de règles clairement appliquées, afin d’éviter que les objectifs initiaux ne se diluent au fil du temps.

Au fond, une interrogation mérite d’être posée : à quoi servirait de distribuer des taxis aux Gabonais si, au bout du compte, ceux-ci ne sont plus ceux qui les exploitent ? Taxi Gab+ a été pensé comme un outil d’insertion et d’émancipation économique nationale. Il appartient désormais aux responsables du programme de veiller à ce que cette ambition ne reste pas uniquement inscrite dans les discours de lancement.

Marc.M

Juriste de formation, j’ai découvert la communication par curiosité, avant d’en faire une véritable passion. Depuis 2025, je m’investis au sein d’Actu241, notamment dans la rédaction d’articles consacrés à l’économie, à la société, au sport et à la culture. « Informer, c’est donner du sens aux faits et une voix aux réalités. »

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