Ministres filmés à domicile découvrant leur nomination : les médias publics gabonais en font-ils trop ?

Au Gabon, apprendre sa nomination au gouvernement semble désormais constituer une séquence médiatique à part entière. Des ministres filmés à leur domicile, caméra braquée sur eux, découvrant officiellement le portefeuille qui leur est confié : la scène est devenue un objet de communication qui interroge sur la place accordée à la politique dans les médias publics.
À travers ces images, la nomination ministérielle est présentée comme un moment exceptionnel, presque comme le couronnement d’une carrière administrative. La surprise, l’émotion et les premières réactions des nouveaux membres du gouvernement deviennent le centre de l’attention, au risque de faire passer au second plan l’essentiel : les responsabilités qui les attendent et les résultats que les populations sont en droit d’exiger.
Car devenir ministre n’est ni une récompense honorifique ni une consécration personnelle. C’est avant tout une responsabilité publique, assortie d’obligations envers les citoyens. Au-delà de la découverte d’un portefeuille ministériel devant les caméras, les Gabonais attendent de savoir quelles seront les priorités du nouveau responsable, quelles mesures seront prises et comment les engagements gouvernementaux se traduiront concrètement dans leur quotidien.
Sur les réseaux sociaux, cette manière de mettre en scène les nominations alimente les critiques contre les médias publics, que certains internautes accusent de complaisance envers le pouvoir. Le reproche porte moins sur la couverture des nominations que sur la place qu’elles occupent dans le traitement de l’actualité, au détriment parfois de sujets sociaux, économiques ou administratifs qui concernent directement la population.
En réalité, la nomination à un poste ministériel s’inscrit dans un processus institutionnel qui ne se résume pas à une annonce surprise devant les caméras. Si les réactions filmées peuvent sembler naturelles, leur théâtralisation interroge, d’autant que l’accès à une telle fonction est généralement précédé de démarches et de consultations. Au-delà de ces séquences, l’essentiel reste pourtant le devoir de servir l’État et les citoyens. La fonction ministérielle relève avant tout du service public, avec les responsabilités et les exigences qu’elle implique. Dès lors, l’attention médiatique gagnerait peut-être à s’orienter davantage vers le travail attendu des nouveaux ministres que vers la mise en scène de leur entrée au gouvernement.
Les médias publics ont naturellement vocation à couvrir les activités des institutions et les changements au sein du gouvernement. Mais leur mission ne saurait se réduire à accompagner la communication des personnalités politiques. Informer, questionner, enquêter et rendre compte de l’action publique demeurent des exigences fondamentales du journalisme.
Au fond, la véritable actualité n’est peut-être pas de voir un ministre découvrir sa nomination dans son salon, mais de découvrir ce qu’il fera une fois installé dans son bureau. Parce qu’au Gabon, comme ailleurs, les citoyens n’attendent pas seulement de voir leurs dirigeants nommés : ils attendent surtout de les voir à l’œuvre.



