Russie-Afrique : le Gabon cherche de nouveaux leviers pour diversifier son économie

La session plénière du troisième sommet Russie-Afrique s’est ouverte ce jeudi 29 octobre 2026 au Grand Palais du Kremlin, à Moscou, sous la coprésidence du président russe Vladimir Poutine et du président burundais Évariste Ndayishimiye, président en exercice de l’Union africaine. Placée sous le thème « Pour la paix, la sécurité et le développement », cette rencontre rassemble des représentants d’une cinquantaine de pays africains autour des perspectives de coopération politique, économique et technologique. Pour le Gabon, représenté par le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, l’enjeu est notamment d’attirer de nouveaux investissements et de renforcer la transformation locale des ressources naturelles.
Moscou veut renforcer ses échanges économiques avec l’Afrique
À l’ouverture des travaux, Vladimir Poutine a réaffirmé la volonté de la Russie de consolider ses relations avec le continent africain. Évoquant l’héritage des luttes anticoloniales, le président russe a présenté ce partenariat comme un levier de promotion d’un ordre mondial multipolaire.
Sur le plan économique, les échanges commerciaux entre la Russie et les pays africains auraient dépassé les 27 milliards de dollars en 2025, selon les chiffres avancés dans le cadre du sommet. Ce volume représente une progression significative par rapport à 2023 et illustre l’intérêt croissant de Moscou pour les marchés africains.
La question de la souveraineté financière occupe également une place importante dans les discussions. Selon les données présentées, le rouble représenterait désormais 85 % des règlements commerciaux entre la Russie et ses partenaires concernés. Cette orientation vise à limiter l’exposition des transactions aux perturbations extérieures et à diversifier les mécanismes de paiement.
Le Gabon face au défi de la transformation locale
Prenant la parole au nom du continent, le président burundais Évariste Ndayishimiye a appelé à une coopération davantage tournée vers la production et la création de valeur en Afrique. Il a notamment invité les entreprises russes à investir dans les économies locales, au-delà de la seule exploitation des matières premières.
Les priorités évoquées concernent notamment le transfert de technologies, la transformation locale des ressources naturelles, le développement des infrastructures et le renforcement des capacités industrielles. L’agroalimentaire et l’énergie figurent parmi les secteurs susceptibles de bénéficier de partenariats plus structurés.
Ces orientations rejoignent plusieurs enjeux de l’économie gabonaise. Engagé dans la diversification de ses activités, le pays cherche à mieux valoriser ses ressources, notamment le bois et les minerais, tout en développant ses capacités industrielles et énergétiques.
La présence d’Hermann Immongault à Moscou offre ainsi au Gabon une occasion de faire valoir ses priorités auprès des partenaires russes. Les discussions pourraient ouvrir des perspectives en matière d’investissements directs étrangers, de coopération technologique et de formation professionnelle.
Toutefois, les retombées pour Libreville dépendront de la concrétisation de projets précis, des conditions de financement et de la capacité des partenariats à générer des emplois ainsi qu’une valeur ajoutée sur le territoire national. À ce stade, les objectifs affichés ne préjugent pas de la conclusion d’accords spécifiques au bénéfice du Gabon.
Le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra a, pour sa part, souligné l’importance de traduire les avancées politiques et sécuritaires en résultats économiques tangibles pour les populations.
Une feuille de route annoncée pour 2027-2029
Les travaux du sommet doivent également permettre de définir les prochaines étapes de la coopération russo-africaine. Parmi les résultats attendus figurent une déclaration finale et une feuille de route couvrant la période 2027-2029.
Les discussions portent par ailleurs sur plusieurs domaines stratégiques, dont l’aide humanitaire, les approvisionnements en céréales et en engrais, ainsi que les technologies numériques. Un accord consacré aux applications civiles de l’intelligence artificielle et au secteur numérique figure également parmi les textes annoncés comme devant être examinés ou conclus à l’issue des travaux.
En parallèle, Moscou poursuit le renforcement de sa présence diplomatique sur le continent, avec l’ouverture de nouvelles ambassades depuis 2023.
Pour le Gabon, l’intérêt de ce sommet se mesurera surtout à la capacité de la coopération envisagée à déboucher sur des projets industriels, des transferts de compétences et des investissements durables. La diversification des partenaires économiques peut constituer un levier de développement, à condition que les engagements se traduisent par des réalisations concrètes et des bénéfices mesurables pour l’économie nationale.



