Économie

Iboga : le Gabon prépare des assises nationales pour mieux encadrer son exploitation

Le Gabon entend mieux maîtriser l’avenir économique, scientifique et culturel de l’iboga, une plante profondément liée à son patrimoine traditionnel. Réuni le vendredi 6 novembre 2026 sous la conduite du vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, le comité interministériel a examiné le projet d’organisation d’assises nationales consacrées à cette ressource. Présentée par le ministre Paul Ulrich Kessany, cette initiative doit permettre de définir les règles d’une valorisation qui préserve les intérêts du pays et des communautés détentrices des savoirs ancestraux.

Longtemps associé aux pratiques spirituelles et aux rites initiatiques, l’iboga suscite aujourd’hui un intérêt croissant au-delà des frontières gabonaises. Ses propriétés psychoactives attirent notamment l’attention de chercheurs et d’acteurs internationaux, qui s’intéressent à ses possibles applications scientifiques et médicales. Cette évolution donne à la plante une dimension stratégique et pose la question du contrôle de son exploitation.

Quatre jours de concertation pour définir une stratégie nationale

Les assises envisagées devraient se tenir sur quatre jours et réunir une diversité d’intervenants. Les administrations chargées de la Santé, des Eaux et Forêts, de la Recherche scientifique et de l’Économie sont notamment appelées à participer aux échanges.

Les chercheurs, les organisations non gouvernementales, les coopératives et les représentants des communautés autochtones devraient également prendre part à cette concertation. L’objectif sera de confronter les enjeux scientifiques, environnementaux, économiques et culturels afin de parvenir à une orientation commune.

Pour Paul Ulrich Kessany, cette démarche doit notamment aboutir à un modèle de valorisation respectueux des principes éthiques et sanitaires. Le dispositif devra aussi tenir compte du Protocole de Nagoya, auquel le Gabon a adhéré en 2011. Cet instrument international encadre notamment l’accès aux ressources génétiques et le partage juste et équitable des avantages issus de leur utilisation.

La question de la rémunération et de la reconnaissance des communautés qui détiennent les connaissances traditionnelles constitue donc un point central des discussions.

Protéger une ressource stratégique contre les dérives

Cette initiative intervient après l’adoption du décret du 22 mai 2026 relatif à la recherche, à l’exploitation et à la commercialisation de l’iboga et de ses dérivés. Les futures assises doivent contribuer à préciser les orientations permettant d’appliquer cette réglementation et d’organiser durablement la filière.

Pour les autorités, l’enjeu est double : éviter que l’intérêt international pour cette plante ne favorise une exploitation incontrôlée et permettre au Gabon de tirer des bénéfices de sa valorisation. La préservation de l’espèce et la lutte contre le pillage biologique figurent ainsi parmi les préoccupations soulevées par ce chantier.

Au-delà de la dimension commerciale, le dossier touche directement à la souveraineté culturelle du pays. L’iboga étant associé à des pratiques et à des connaissances transmises de génération en génération, sa valorisation ne peut être dissociée des droits des communautés concernées.

Les conclusions des assises devraient ainsi servir de base à une stratégie nationale conciliant protection de la biodiversité, reconnaissance des savoirs traditionnels et développement économique. Le défi sera de faire de l’iboga une ressource valorisée au bénéfice du Gabon, sans déposséder les populations qui en portent l’héritage.

Marc.M

Juriste de formation, j’ai découvert la communication par curiosité, avant d’en faire une véritable passion. Depuis 2025, je m’investis au sein d’Actu241, notamment dans la rédaction d’articles consacrés à l’économie, à la société, au sport et à la culture. « Informer, c’est donner du sens aux faits et une voix aux réalités. »

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