Économie

Pétrole, raffinage et pénurie de carburant : pourquoi le Gabon doit renforcer sa capacité de production locale

Le Gabon est un pays producteur de pétrole, mais cette richesse ne le met pas à l’abri des tensions sur le marché des carburants. La récente pénurie observée dans plusieurs stations-service du Grand Libreville en est une nouvelle illustration. Début octobre, le ministère du Pétrole et du Gaz a expliqué cette situation par une diminution temporaire des stocks disponibles chez certains distributeurs, dans l’attente de l’arrivée d’une nouvelle cargaison importée. Des mesures de rationnement ont même été mises en place pour préserver les réserves disponibles.

Cette situation s’explique notamment par une distinction essentielle : produire du pétrole brut ne signifie pas produire suffisamment d’essence et de gasoil pour le marché national. Une partie importante du brut gabonais est exportée, tandis que le pays doit également importer des produits pétroliers lorsque la production de la Société gabonaise de raffinage (SOGARA) ne suffit pas à couvrir la demande. La SOGARA elle-même reconnaît que ses besoins en produits finis peuvent nécessiter un recours aux importations en fonction des performances de la raffinerie et de ses périodes de maintenance.

La question de la capacité de raffinage apparaît donc comme un enjeu stratégique. En 2025, la direction de la SOGARA avait présenté un projet d’envergure visant à porter sa capacité de traitement de brut d’environ 900 000 tonnes à 2,772 millions de tonnes par an, avec l’objectif annoncé de couvrir les besoins nationaux et de réduire fortement les importations de carburants. Le projet comprend également une extension de la raffinerie actuelle, avec une nouvelle unité envisagée à Port-Gentil à l’horizon 2029.

Au-delà de la seule augmentation des volumes, la modernisation des installations constitue également un enjeu. La SOGARA a notamment évoqué l’acquisition d’un hydrocraqueur, équipement permettant d’améliorer le rendement du raffinage et d’obtenir davantage de produits répondant aux besoins du marché. L’objectif affiché est de réduire la dépendance aux importations grâce à une meilleure valorisation du pétrole brut disponible au Gabon.

L’enjeu est donc moins de savoir si le Gabon dispose de pétrole que de déterminer dans quelle mesure il maîtrise la chaîne allant du brut jusqu’au carburant disponible dans les stations-service. Renforcer SOGARA, moderniser ses équipements, augmenter les capacités de stockage et sécuriser la logistique d’approvisionnement permettraient de réduire la vulnérabilité du pays face aux retards d’importation ou aux perturbations de la chaîne d’approvisionnement. La SGEPP indique d’ailleurs que des réflexions sont engagées sur l’augmentation des capacités nationales de stockage afin de mieux sécuriser l’approvisionnement.

Pour un pays producteur de pétrole, l’enjeu est ainsi de passer progressivement d’une logique où l’on extrait et exporte principalement la matière première à une logique où une part plus importante de la valeur est créée localement. La modernisation et l’extension de la SOGARA pourraient constituer l’un des leviers de cette transformation, à condition que les investissements nécessaires, la maintenance des équipements et la sécurisation des stocks avancent de manière cohérente.

Le pétrole gabonais est une richesse. Mais pour que cette richesse se traduise par une véritable sécurité énergétique, encore faut-il disposer des capacités industrielles permettant de transformer cette ressource en produits dont les Gabonais ont besoin au quotidien.

Marc.M

Juriste de formation, j’ai découvert la communication par curiosité, avant d’en faire une véritable passion. Depuis 2025, je m’investis au sein d’Actu241, notamment dans la rédaction d’articles consacrés à l’économie, à la société, au sport et à la culture. « Informer, c’est donner du sens aux faits et une voix aux réalités. »

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