Finances publiques : la Banque mondiale alerte sur le poids de la dette des entreprises d’État

Les entreprises publiques gabonaises rapportent moins à l’État qu’elles ne lui font courir de risques financiers. C’est l’un des principaux constats de la Revue 2026 des finances publiques du Gabon publiée par la Banque mondiale, qui met en évidence l’écart croissant entre les dividendes versés au budget et le niveau d’endettement de plusieurs grandes sociétés publiques.
Le constat est préoccupant : alors que les entreprises appartenant à l’État constituent une source potentielle de revenus pour le Trésor, certaines d’entre elles accumulent des passifs suffisamment importants pour exposer directement les finances publiques à d’éventuelles opérations de soutien ou de recapitalisation.
117,2 milliards de FCFA de dividendes
Les recettes tirées des participations publiques n’ont pas atteint le niveau initialement prévu par le gouvernement.
Dans la loi de finances 2024, les dividendes attendus des entreprises publiques étaient estimés à 154 milliards de FCFA, soit environ 1,2 % du PIB. Les données communiquées par la Direction générale du patrimoine de l’État font finalement état de 117,2 milliards de FCFA.
Un manque à gagner qui prend une autre dimension au regard de la situation financière de plusieurs entreprises stratégiques.
Près de 1 700 milliards de passifs pour la GOC et la SOGARA
Le secteur pétrolier concentre une grande partie des vulnérabilités relevées par le rapport.
La Gabon Oil Company (GOC) affichait en 2024 une dette de 861 milliards de FCFA, malgré l’amélioration récente de ses performances. Son ratio d’endettement rapporté aux fonds propres atteignait 1,8, ce qui la rend particulièrement sensible à une éventuelle baisse des cours du brut ou aux difficultés liées à la maturité de certains gisements.
La situation de la SOGARA apparaît également préoccupante. À la fin de 2023, la raffinerie présentait un passif estimé à 824 milliards de FCFA, soit l’équivalent de 6,5 % du PIB de cette année.
À elles seules, les deux entreprises cumulent ainsi près de 1 700 milliards de FCFA de passifs, un niveau qui illustre l’ampleur des engagements financiers concentrés dans le portefeuille public.
La CDC et la SEEG également sous pression
Les difficultés ne se limitent toutefois pas au secteur pétrolier.
La Caisse des dépôts et consignations (CDC) voit notamment sa situation financière fragilisée par le coût de son endettement et la rentabilité jugée insuffisante de certains investissements.
La SEEG figure également parmi les dossiers sensibles. L’entreprise accumule des dettes envers ses fournisseurs et devait, selon les projections citées dans le rapport, afficher en 2025 un déficit d’actifs nets de 108 milliards de FCFA.
Cette situation pourrait nécessiter une intervention financière de l’État, avec un impact potentiel sur les comptes publics.
Le risque d’un soutien accru de l’État
Au-delà des chiffres individuels, la Banque mondiale pointe surtout un problème de visibilité sur l’ensemble des engagements financiers du secteur public.
L’absence de données suffisamment consolidées concernant notamment les subventions accordées aux entreprises publiques complique l’évaluation précise des risques auxquels est exposé le budget national.
Pour la Banque mondiale, la nécessité éventuelle de recapitaliser certaines entreprises, notamment la SEEG, pourrait ainsi accroître la pression sur les finances publiques.
Le paradoxe est donc clairement posé : les entreprises publiques doivent contribuer davantage aux recettes de l’État, mais leur fragilité financière pourrait, dans le même temps, contraindre ce dernier à mobiliser des ressources pour les soutenir.
Un enjeu majeur pour la gestion des finances publiques, alors que le Gabon cherche à renforcer la transparence, la soutenabilité budgétaire et la performance de son portefeuille d’entreprises publiques.



