Société

Gabon : carte de presse, le précieux sésame au cœur d’un débat sur l’accès à la profession

La Direction générale de la Communication a fixé la période de dépôt des candidatures du 19 au 23 octobre, au ministère, porte 106. Les candidats doivent notamment fournir un extrait de casier judiciaire de moins de trois mois, un acte de naissance légalisé et un diplôme certifié conforme.

Pour les professionnels installés à l’intérieur du pays, cette organisation implique de réunir les pièces dans un délai restreint, puis de se déplacer jusqu’à Libreville pour déposer leur dossier. Une contrainte qui remet sur la table la question de l’accessibilité des démarches administratives, à l’heure où les services publics s’orientent progressivement vers le numérique.

Le risque d’une interprétation restrictive des critères

Au-delà des formalités, le débat porte sur les critères de qualification des journalistes. Le spécialiste des médias Boursier Tchibinda attire l’attention sur l’article 66 du Code de la communication, qui prévoit plusieurs voies d’accès à la profession : la formation dans une école de journalisme, cinq années de pratique continue, ou un diplôme universitaire complété par cinq années de pratique tutorée.

Selon cette lecture, ces voies sont alternatives. Si les conditions annoncées pour l’obtention de la carte imposent cumulativement un diplôme et une expérience professionnelle de cinq ans, leur articulation avec la loi mérite donc d’être clarifiée.

L’enjeu est important pour les journalistes qui ont appris le métier sur le terrain et construit leur carrière dans les rédactions sans passer par une école spécialisée. Leur expérience ne saurait être appréciée uniquement à travers des exigences administratives dont la portée doit être conforme aux dispositions légales.

Une clarification de la Commission permettrait de préciser les justificatifs attendus pour chacune des voies prévues par le Code et d’éviter que des critères mal compris ne conduisent à écarter certains candidats.

Les nouveaux métiers de l’information encore en question

L’évolution du paysage médiatique gabonais rend également nécessaire une meilleure définition des catégories concernées par la carte. L’ordonnance du 26 février 2026 a introduit la notion d’« assimilé » au professionnel de la communication numérique. De leur côté, les journalistes indépendants sont reconnus par l’article 40 du Code de la communication.

Reste à savoir comment ces statuts seront pris en compte dans la procédure actuelle. Les éléments communiqués ne permettent pas de déterminer avec précision les conditions applicables à ces professionnels, ni les éventuelles différences de traitement entre les métiers traditionnels de la presse et les activités liées aux médias numériques.

Cette incertitude appelle des explications officielles, d’autant que la reconnaissance professionnelle peut avoir des conséquences concrètes sur l’exercice du métier et les relations avec les institutions.

La dématérialisation comme piste de solution

La procédure exclusivement physique constitue un autre point de friction. Avec une période de dépôt limitée à cinq jours, les candidats éloignés de la capitale pourraient rencontrer davantage de difficultés pour respecter les délais.

Le recours à une plateforme de dépôt en ligne permettrait d’alléger ces contraintes, tout en laissant à l’administration la possibilité de vérifier les documents originaux lorsque cela est nécessaire. Les outils d’identification numérique déjà disponibles au Gabon pourraient également contribuer à simplifier certaines formalités.

La transparence du processus reste tout aussi importante. La publication de la composition de la commission, de ses critères d’évaluation, de son calendrier de travail et des voies de recours en cas de rejet aiderait les professionnels à mieux comprendre les décisions prises.

La durée de validité des cartes délivrées lors de cette session mérite, elle aussi, d’être précisée, la réunion intervenant à la fin du mois d’octobre.

Un outil de reconnaissance à rendre plus accessible

La carte de presse reste un instrument important de reconnaissance et d’identification des professionnels des médias. Toutefois, son utilité et sa portée gagneraient à être mieux définies, notamment concernant les droits et les facilités auxquels elle donne effectivement accès.

La relance de ce dispositif peut contribuer à structurer le secteur et à mieux identifier ses acteurs. Mais sa crédibilité dépendra aussi de la clarté des règles, de leur conformité à la législation et de la capacité des autorités à tenir compte de la diversité des parcours professionnels.

Le défi est donc double : garantir le sérieux de l’attribution de la carte tout en évitant que les formalités ne deviennent un obstacle disproportionné pour les journalistes remplissant les conditions prévues par la loi.

Marc.M

Juriste de formation, j’ai découvert la communication par curiosité, avant d’en faire une véritable passion. Depuis 2025, je m’investis au sein d’Actu241, notamment dans la rédaction d’articles consacrés à l’économie, à la société, au sport et à la culture. « Informer, c’est donner du sens aux faits et une voix aux réalités. »

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