Gabon : Yves Fernand Manfoumbi propose un nouveau cap pour les PME

Libreville — Le développement des petites et moyennes entreprises pourrait constituer l’un des leviers d’une transformation profonde de l’économie gabonaise. C’est la conviction défendue par l’économiste Yves Fernand Manfoumbi, ancien directeur général du Budget et ex-ministre du Commerce, dans une récente tribune consacrée à l’avenir économique du pays.
Pour lui, l’enjeu consiste à dépasser un modèle reposant principalement sur l’exploitation et la consommation des ressources naturelles pour construire davantage de valeur à partir de la production locale.
50 000 PME et 200 000 emplois visés
L’économiste avance une série d’objectifs destinés à mesurer les progrès accomplis. Il propose notamment de parvenir à 50 000 PME formelles, de mobiliser 500 milliards de FCFA en faveur du financement des entreprises et de générer jusqu’à 200 000 emplois directs et indirects.
Pour atteindre ces résultats, il estime nécessaire de réduire les contraintes qui ralentissent encore la création et le développement des entreprises.
Simplifier la vie des entrepreneurs
La première priorité concerne les démarches administratives. Yves Fernand Manfoumbi propose de ramener la création d’une entreprise à 24 heures, tout en accélérant la digitalisation des procédures.
Il préconise également un guichet unique véritablement fonctionnel afin de permettre aux porteurs de projets d’effectuer leurs formalités dans un environnement plus simple et plus rapide.
Le financement constitue le deuxième axe de sa proposition. Il suggère la création d’un Fonds national de développement des PME, auquel pourraient participer les banques et les partenaires au développement.
Créer des débouchés pour les entreprises gabonaises
Pour l’économiste, faciliter la création d’entreprises ne suffit pas si celles-ci ne disposent pas de marchés.
Il propose donc de réserver progressivement une part plus importante de la commande publique aux PME locales et de renforcer la distribution des produits issus du « Fabriqué au Gabon ».
Cette politique devrait permettre, selon lui, de créer un cercle plus favorable à l’investissement : produire, accéder au marché, développer son activité et créer de nouveaux emplois.
Miser sur les filières et les marchés régionaux
Yves Fernand Manfoumbi appelle également à organiser la diversification économique autour de véritables filières. L’agriculture, le bois, la pêche, le numérique ou encore les mines sont cités comme des secteurs pouvant faire l’objet d’une stratégie structurée.
Cette orientation devrait, selon lui, s’accompagner d’investissements dans la formation, l’accès au foncier, les technologies et les mécanismes de financement.
Les PME gabonaises sont aussi appelées à regarder au-delà des frontières nationales. L’économiste cite notamment les marchés de la CEMAC, de la CEEAC et de la ZLECAf comme des espaces susceptibles d’offrir de nouvelles perspectives commerciales.
L’informel comme réservoir entrepreneurial
La question des activités informelles occupe également une place dans sa réflexion. Plutôt que de limiter la réponse à des mesures de contrôle, l’ancien ministre propose de rendre la formalisation économiquement attractive.
L’accès au crédit, aux marchés et à la protection sociale pourrait ainsi encourager davantage d’entrepreneurs à rejoindre le secteur formel.
Mesurer l’action publique par ses résultats
Au terme de sa réflexion, Yves Fernand Manfoumbi défend une conception plus opérationnelle de l’action de l’État. Il appelle à un « État stratège », dont l’efficacité serait appréciée à travers des indicateurs concrets : création d’entreprises, emplois, production et exportations.
Dans cette vision, les ressources naturelles restent importantes, mais ne devraient plus constituer l’unique socle de la prospérité nationale. L’ambition affichée est de faire émerger une économie davantage portée par les entreprises gabonaises et leur capacité à produire et à transformer localement.



