Insalubrité dans le Grand Libreville : les mairies doivent aussi regarder dans leur propre camp
Trois mois pour changer le visage du Grand Libreville. L’ultimatum lancé aux maires par le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, remet la question de l’insalubrité au centre du débat. Mais derrière les déchets, les caniveaux obstrués et les occupations anarchiques, une autre question se pose : les municipalités ont-elles toujours fait respecter leurs propres règles ?
Le constat est désormais difficile à contester : l’insalubrité demeure un problème majeur dans les communes de Libreville, Owendo, Akanda et Ntoum. Lors de la réunion consacrée au plan d’action intercommunal, le 15 septembre 2026, Hermann Immongault a exigé des résultats visibles dans un délai de trois mois, avec une échéance fixée à janvier 2027.
Le vice-président du gouvernement a notamment demandé aux maires de sortir des bureaux, de déployer leurs brigades municipales et de faire appliquer les sanctions contre les comportements qui dégradent l’espace public.
Mais cette exigence pose également la question de la responsabilité des collectivités locales.
Quand l’incivisme devient une habitude… sous le regard des autorités
Il est facile de dénoncer les habitants qui jettent leurs déchets dans les rues ou les commerçants qui occupent anarchiquement les espaces publics. Mais encore faut-il que les règles soient appliquées de manière constante.
Dans plusieurs secteurs urbains, des activités commerciales peuvent s’installer ou se maintenir sur des emprises publiques, parfois dans des conditions peu compatibles avec les exigences de salubrité. La question est alors de savoir comment ces situations peuvent perdurer lorsque les autorités municipales disposent de services de contrôle et de brigades censées intervenir sur le terrain.
Le problème n’est donc pas uniquement celui de citoyens récalcitrants. Il est aussi celui de l’autorité publique lorsqu’elle laisse s’installer, tolère ou ne sanctionne pas durablement certaines pratiques.
Une règle qui n’est pas appliquée finit par perdre son caractère dissuasif.
La protection des commerçants, une question à clarifier
Les municipalités sont aujourd’hui appelées à sanctionner les opérateurs économiques qui participent à la dégradation de l’espace urbain. Cette orientation figure clairement dans le discours gouvernemental : Hermann Immongault a appelé à une application effective des sanctions, y compris à l’encontre des opérateurs économiques.
Dès lors, une interrogation mérite d’être posée : les mêmes exigences seront-elles appliquées à tous, y compris lorsque certains commerçants bénéficient de tolérances locales ou de protections informelles ?
Il ne s’agit pas d’accuser sans preuve des responsables ou des commerçants précis. Mais si le gouvernement veut réellement obtenir des résultats en trois mois, la lutte contre l’insalubrité devra aussi s’attaquer aux mécanismes qui permettent aux mauvaises pratiques de se maintenir.
Car demander au citoyen de respecter les règles tout en laissant perdurer certaines situations irrégulières créerait un sentiment d’injustice et réduirait l’efficacité du dispositif.
Les maires face à leur propre obligation de résultat
Les quatre communes ont récemment appelé les populations, les riverains et les opérateurs économiques à participer à l’assainissement des espaces urbains, notamment par le nettoyage des devantures, l’entretien des caniveaux et le respect des règles de salubrité.
Mais cette mobilisation citoyenne doit aller de pair avec une action municipale visible.
Les mairies doivent assurer la collecte des déchets, contrôler les occupations du domaine public, entretenir les espaces relevant de leur compétence et faire respecter les prescriptions lorsqu’elles sont enfreintes. Les opérations de sensibilisation ne peuvent produire des effets durables si elles ne sont pas accompagnées de contrôles réguliers et de sanctions cohérentes.
Le gouvernement demande aujourd’hui aux exécutifs municipaux de passer aux actes. L’enjeu sera donc de vérifier, dans les prochains mois, si cette fermeté s’applique réellement à tous.

Trois mois pour changer les pratiques, pas seulement les rues
L’échéance de janvier 2027 ne devrait pas seulement être évaluée à l’aune du nombre de tonnes de déchets évacuées ou de rues nettoyées.
Le véritable test sera celui de la durabilité.
Nettoyer aujourd’hui pour retrouver les mêmes tas d’ordures dans quelques semaines ne suffira pas. De même, sanctionner quelques citoyens tout en laissant certaines pratiques commerciales ou occupations irrégulières se poursuivre ne réglerait pas le problème à sa source.
La bataille contre l’insalubrité suppose donc une double exigence : une plus grande discipline des populations et une plus grande rigueur des municipalités.
Le compte à rebours est lancé. Mais pour que le Grand Libreville change véritablement de visage, les mairies devront elles aussi accepter de regarder dans leur propre camp.



