JOJ Dakar 2026 : participer ne suffit plus, le sport gabonais doit se remettre en question

« L’essentiel, c’est de participer. » Cette formule, souvent utilisée pour relativiser les contre-performances sportives, trouve rapidement ses limites lorsqu’elle devient une réponse systématique aux mauvais résultats. Aux Jeux olympiques de la Jeunesse (JOJ) de Dakar 2026, les premières sorties des représentants gabonais, marquées par deux éliminations et des classements en bas de tableau, relancent une question essentielle : que fait réellement le Gabon pour préparer ses jeunes athlètes aux exigences du haut niveau ?
En deux jours, le bilan est difficile à défendre. En wushu, Tracy Assengone a terminé à la 11e place sur 12 participantes, avec 7 086 points. En natation, Axelle Moulenda-Perroy s’est classée sixième et dernière du 200 mètres brasse, en 3 min 21 s 92. Deux résultats qui ne doivent pas conduire à accabler les jeunes sportives, mais qui interrogent sérieusement les conditions dans lesquelles elles ont été préparées et engagées.
La participation ne peut pas masquer les insuffisances
Le cas d’Axelle Moulenda-Perroy est particulièrement révélateur. Spécialiste du 50 mètres dos, la nageuse a finalement été alignée sur le 200 mètres brasse, une épreuve éloignée de sa spécialité. Malgré les démarches du staff technique pour obtenir un changement d’épreuve, la demande n’a pas abouti. La délégation gabonaise a donc privilégié sa participation, au nom de l’expérience.
Mais peut-on raisonnablement espérer un résultat compétitif lorsqu’une athlète est engagée sur une discipline qui ne correspond pas à son profil ? L’expérience internationale est certes utile, mais elle ne saurait remplacer une préparation adaptée ni justifier des choix sportifs discutables.
En wushu, la progression de Tracy Assengone entre les épreuves au bâton et à mains nues constitue un élément encourageant. Toutefois, l’écart avec les meilleures concurrentes montre le chemin qui reste à parcourir pour rivaliser avec les nations les plus avancées.
Un système à revoir en profondeur
Le problème dépasse les performances individuelles. Il renvoie aux faiblesses d’un système qui semble encore éprouver des difficultés à détecter les talents, à les encadrer suffisamment tôt et à construire leur progression sur plusieurs années.
La préparation aux grandes compétitions ne peut se limiter à quelques regroupements ou à une présence symbolique dans les rendez-vous internationaux. Elle exige des calendriers de compétition réguliers, des entraîneurs qualifiés, un suivi médical et nutritionnel, une préparation psychologique ainsi que des moyens matériels adaptés.
Les nations qui obtiennent des résultats ne découvrent pas leurs athlètes à quelques semaines d’une compétition. Elles construisent leurs performances dans la durée, grâce à des programmes structurés et à une véritable politique de formation. Le Gabon doit s’inspirer de cette exigence s’il veut sortir de la logique de participation sans lendemain.
Participer, oui. Mais avec une ambition de résultats
Il ne s’agit pas d’exiger des médailles à chaque sortie internationale, encore moins de faire porter aux jeunes athlètes la responsabilité des insuffisances institutionnelles. À leur âge, les compétitions doivent aussi servir à apprendre, à progresser et à acquérir de l’expérience.
Mais cette expérience doit s’inscrire dans un projet sportif cohérent. À quoi sert d’envoyer des jeunes représenter le pays si, à leur retour, aucun dispositif solide ne leur permet de franchir un nouveau palier ?
Les JOJ de Dakar devraient ainsi servir de signal d’alarme pour les autorités sportives gabonaises. La question n’est plus seulement de savoir combien d’athlètes le Gabon peut aligner dans une compétition internationale, mais combien il est réellement capable de préparer pour y défendre ses chances.
Car si participer reste important, cela ne doit jamais devenir un objectif suffisant. Le sport gabonais a besoin d’une réforme de fond, d’une vision à long terme et d’une obligation de résultats. À défaut, les mêmes déplacements, les mêmes difficultés et les mêmes classements risquent de se répéter à chaque grande échéance.



