Yves Fernand Manfoumbi : « Le Gabon doit passer d’une gestion de pénurie à une politique de sécurité énergétique »

Comment éviter que les tensions sur le carburant ne se reproduisent ? C’est la question que pose Yves Fernand Manfoumbi après les difficultés d’approvisionnement enregistrées début octobre dans le Grand Libreville. Dans une publication rendue publique ce jeudi 8 octobre 2026, l’ancien ministre de l’Agriculture et du Commerce défend une refonte du fonctionnement du secteur pétrolier aval.
Son idée centrale : ne plus attendre que les stations-service soient sous tension pour agir. Le Gabon devrait, selon lui, disposer d’une marge de sécurité suffisante pour absorber les aléas d’approvisionnement et mieux piloter l’ensemble de la chaîne.
Trente jours pour éviter la rupture
La principale proposition avancée par l’ancien membre du gouvernement est la constitution d’une réserve nationale couvrant au moins un mois de consommation.
Une telle capacité permettrait au pays de disposer d’un délai de réaction en cas de retard d’une cargaison, de perturbation logistique ou de problème affectant les installations nationales. Pour Manfoumbi, cette réserve doit aller de pair avec une surveillance permanente de la situation.
Il suggère ainsi de suivre quotidiennement plusieurs indicateurs : niveau des stocks, commandes en cours, cargaisons attendues et évolution de la consommation. L’objectif serait de détecter une éventuelle tension avant qu’elle ne se transforme en pénurie.
Repenser la chaîne pétrolière
L’ancien ministre considère également que les infrastructures nationales doivent être renforcées. Il plaide notamment pour la modernisation de la SOGARA, mais aussi pour le développement des capacités de stockage.
Dans son schéma, raffinage, stockage et distribution ne devraient plus être appréhendés séparément. Leur fonctionnement doit être suffisamment coordonné pour garantir la continuité de l’approvisionnement sur l’ensemble du territoire.
Manfoumbi propose dans cette perspective un dispositif national permettant d’assurer la continuité de la distribution dans les neuf provinces, ainsi qu’un contrat de performance pluriannuel concernant les activités de raffinage, de stockage et de distribution.
Pourquoi les pénuries dépassent les stations-service
Derrière la question du carburant se joue aussi celle du pouvoir d’achat. Une disponibilité insuffisante peut perturber les activités des transporteurs, augmenter les coûts des entreprises et renchérir indirectement le prix des marchandises.
C’est pourquoi l’ancien ministre considère le carburant comme un élément qui irrigue l’ensemble de l’économie. Garantir son accès régulier ne serait donc pas seulement une question de mobilité, mais également un moyen de limiter les pressions sur les prix.
Les subventions dans le viseur
Autre volet de sa réflexion : la facture supportée par l’État pour maintenir les prix des produits pétroliers à un niveau accessible aux consommateurs.
Sans remettre en cause le principe de protection des ménages, Yves Fernand Manfoumbi estime que le pays doit connaître précisément le coût de cette politique. Il préconise notamment de rendre publics les montants consacrés aux subventions, aux exonérations ainsi qu’aux différentes charges exceptionnelles liées à l’approvisionnement.
Pour lui, chaque dépense destinée à compenser une faiblesse structurelle réduit d’autant les marges disponibles pour financer d’autres priorités publiques.
Une alerte après les tensions d’octobre
Les propositions de l’ancien ministre interviennent alors que les autorités ont dû mobiliser les stocks disponibles et attendre une nouvelle cargaison pour détendre le marché dans le Grand Libreville.
À travers sa tribune, Manfoumbi invite donc à tirer les leçons de cet épisode plutôt qu’à en rester à une réponse ponctuelle. Sa feuille de route repose sur une idée simple : un pays producteur de pétrole doit pouvoir sécuriser durablement l’accès de sa population aux produits pétroliers.
Stocks de précaution, infrastructures renforcées, pilotage quotidien et meilleure maîtrise de la dépense publique : autant de pistes qu’il soumet au débat pour faire de la sécurité énergétique une politique permanente plutôt qu’une réponse aux situations de crise.



